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Banqueroute de l'Etat Français, fantasme ou réalité?

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La « deuxième banqueroute » de l'État français : fantasme ou réalité ?

L'idée d'une nouvelle banqueroute de l'État français revient régulièrement dans le débat public. Elle est souvent formulée sur un mode dramatique : dette hors de contrôle, déficits chroniques, marchés financiers sur le point de fermer le robinet du crédit. Pourtant, une analyse rigoureuse conduit à une conclusion plus nuancée : la France fait face à un problème réel et sérieux de soutenabilité budgétaire, mais une banqueroute au sens classique du terme demeure aujourd'hui peu probable.

La situation n'est ni rassurante, ni catastrophique. Elle est préoccupante.

 


 
La France a déjà connu plusieurs banqueroutes
 
Il convient d'abord de rappeler un fait historique souvent oublié : l'État français a déjà fait défaut sur ses engagements à plusieurs reprises.
La plus célèbre banqueroute est celle de 1720, à l'effondrement du système de John Law. Les détenteurs de titres de dette furent lourdement pénalisés. Plus tard, sous l'Ancien Régime, de nombreuses restructurations forcées de dettes eurent lieu. L'historien François R. Velde dénombre plusieurs défauts ou conversions autoritaires entre le XVIe et le XVIIIe siècle. La Révolution française provoqua également une catastrophe financière avec l'effondrement des assignats et la célèbre « banqueroute des deux tiers » de 1797, lorsque le Directoire répudia environ les deux tiers de la dette publique. 

Ainsi, quand certains évoquent une « deuxième banqueroute », ils simplifient l'histoire : la France n'en serait pas à sa deuxième, mais à une éventuelle nouvelle occurrence dans une longue tradition européenne où les États ont parfois restructuré leurs dettes.
Une dette élevée, mais pas exceptionnelle
 
Fin 2025, la dette publique française atteignait environ 115 à 116 % du PIB, soit plus de 3 400 milliards d'euros. 
 
Ce niveau est incontestablement élevé. Il dépasse très largement la référence européenne de 60 % du PIB. Cependant, la France n'est pas un cas isolé.
 
Par comparaison :
  • l'Italie se situe autour de 135 % du PIB ;
  • la Grèce demeure au-dessus de 170 % du PIB ;
  • l'Espagne évolue autour de 105 % du PIB ;
  • la Belgique avoisine également 105 % du PIB ;
  • l'Allemagne se situe nettement plus bas, autour de 64 % du PIB
La France apparaît donc dans le groupe des pays fortement endettés de la zone euro, mais elle n'est ni la plus endettée ni un cas extrême. Son ratio est supérieur à celui de la moyenne de la zone euro, qui se situe autour de 88 %. 
 
 
Le véritable problème : les déficits permanents
 
Le cœur du sujet n'est d'ailleurs pas tant le stock de dette que la difficulté française à équilibrer ses comptes.
 
Depuis près d'un demi-siècle, la France a enregistré très peu d'excédents budgétaires. La dette s'accumule parce que l'État dépense systématiquement davantage qu'il ne prélève. Les crises successives, de 2008 à la Covid-19, ont aggravé cette tendance, mais elles ne l'ont pas créée.
 
L'Italie, souvent donnée en exemple négatif en raison de sa dette plus élevée, présente paradoxalement un avantage : elle dégage régulièrement des excédents budgétaires primaires, c'est-à-dire hors charge des intérêts. La France, elle, peine davantage à le faire.
 
Le vrai risque n'est donc pas que la dette existe, mais qu'elle continue de croître plus vite que la richesse nationale.


Pourquoi une banqueroute est peu probable
 
Les partisans du scénario catastrophe oublient plusieurs facteurs essentiels.
 
Premièrement, la France est la deuxième économie de la zone euro. Elle bénéficie d'un marché obligataire profond, liquide et diversifié. Les investisseurs continuent d'acheter massivement des obligations françaises. 

Deuxièmement, elle emprunte dans une monnaie qu'elle partage avec ses principaux créanciers. L'existence de la Banque centrale européenne constitue un filet de sécurité considérable. La crise grecque a montré que la zone euro dispose de mécanismes d'intervention qui n'existaient pas lors des grandes banqueroutes historiques. 
 
Troisièmement, la richesse nationale française demeure importante. La France conserve l'un des PIB les plus élevés du monde, un patrimoine privé considérable et une administration fiscale efficace. Le problème est davantage celui d'un excès de dépenses publiques que celui d'une incapacité absolue à lever l'impôt.
 
Mais le danger n'est pas imaginaire
 
Dire que la banqueroute est improbable ne signifie pas que tout va bien.
Le danger le plus crédible est celui d'une lente dégradation :
  • hausse des taux d'intérêt ;
  • augmentation du coût du service de la dette ;
  • perte progressive de marges budgétaires ;
  • pressions accrues des agences de notation ;
  • nécessité de hausses d'impôts ou de réductions de dépenses. 
Autrement dit, le risque français ressemble moins à une faillite soudaine qu'à une forme d'appauvrissement collectif par la contrainte budgétaire.

La thèse d'une « deuxième banqueroute de l'État français » relève donc davantage du slogan que du diagnostic économique. Historiquement, la France a déjà connu plusieurs défauts de paiement. Aujourd'hui, sa dette est effectivement élevée, supérieure à celle de l'Allemagne mais inférieure à celle de l'Italie ou de la Grèce. 
 
Le véritable sujet n'est pas la perspective imminente d'un défaut, mais l'incapacité chronique à maîtriser les déficits publics. La menace n'est pas celle d'un effondrement brutal comparable à celui de 1797. Elle est plus subtile : une érosion progressive de la souveraineté budgétaire, où l'État voit une part croissante de ses ressources absorbée par le paiement des intérêts plutôt que consacrée à ses missions régaliennes ou à l'investissement d'avenir.
 
En ce sens, la banqueroute n'est pas une réalité immédiate. Mais l'insouciance le serait tout autant qu'une prophétie apocalyptique. La situation française appelle moins la peur que la lucidité.

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