Le montage d'une Société Civile Immobilière (SCI) détenue par une société holding de tête est une stratégie de plus en plus courante pour la gestion et la transmission d'un patrimoine immobilier. Ce montage est particulièrement intéressant pour les investisseurs disposant d'un patrimoine conséquent ou prévoyant de le développer, car il offre des avantages juridiques, fiscaux et comptables significatifs, tout en permettant de centraliser la gestion.
Le recours à une holding pour détenir une ou plusieurs SCI est motivé par la recherche de plusieurs optimisations.
Avantages juridiques :
Séparation des risques : La holding permet de séparer les activités d'investissement immobilier de l'activité professionnelle de son ou de ses dirigeants. Les biens immobiliers sont ainsi protégés des aléas de l'activité d'exploitation.
Simplification de la gouvernance : La holding peut être le seul associé de la SCI. Cela permet de contourner l'obligation d'avoir au moins deux associés dans une SCI, tout en gardant le contrôle total de la structure. Les statuts de la holding peuvent également être aménagés pour organiser la gouvernance du groupe et la transmission des pouvoirs.
Facilitation de la transmission : Il est plus aisé de transmettre des parts de holding que des parts de SCI, notamment dans le cadre d'une donation progressive. La valorisation des parts de la holding est moins liée aux fluctuations de l'immobilier, et il est possible de bénéficier de dispositifs avantageux comme le Pacte Dutreil, sous certaines conditions.
Avantages comptables et financiers :
Centralisation de la trésorerie : Les revenus locatifs générés par les SCI peuvent être remontés vers la holding. Cela permet de mutualiser les fonds et de les réinvestir dans d'autres projets immobiliers ou d'autres activités du groupe sans avoir à passer par une distribution de dividendes vers les associés, qui serait lourdement taxée.
Effet de levier : La holding, qui consolide le patrimoine de l'ensemble de ses filiales, peut offrir une meilleure crédibilité auprès des banques, facilitant ainsi l'obtention de financements pour de nouveaux investissements.
Avantages fiscaux :
Régime mère-fille : C'est l'un des principaux attraits du montage. Quand les bénéfices locatifs de la SCI sont remontés sous forme de dividendes vers la holding, ils sont quasi-exonérés d'impôt sur les sociétés (IS) grâce à ce régime, avec la seule imposition d'une quote-part de frais et charges de 5%. Cela permet de réinvestir la trésorerie avec un frottement fiscal minime.
Déduction des frais : La holding peut déduire ses frais de fonctionnement (frais de création, de gestion, frais d'emprunt pour l'acquisition des parts sociales, etc.), ce qui n'est pas toujours possible pour une personne physique.
Optimisation de la fiscalité sur les plus-values : En cas de revente des parts de la SCI, la plus-value peut être quasiment exonérée d'IS au niveau de la holding, à la condition de détenir les titres pendant un certain temps.
Le montage est pertinent pour les investisseurs ayant un projet de développement immobilier sur le long terme. Il est idéal de le mettre en place avant d'acquérir les premiers biens immobiliers ou lors de la restructuration d'un patrimoine déjà existant, notamment si l'objectif est d'optimiser la transmission.
La procédure la plus courante est la création d'une holding (par exemple, une SAS ou une SARL) qui va ensuite acquérir des parts sociales de SCI ou créer de nouvelles SCI pour ses acquisitions. Une autre méthode est l'apport des titres des SCI existantes à la nouvelle holding. Cette dernière option peut nécessiter l'intervention d'un commissaire aux apports et des formalités spécifiques. Le coût de création d'une holding et de son suivi peut aller de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros, en fonction de la complexité du montage et du recours à des professionnels (avocat, expert-comptable).
Les hautes juridictions surveillent attentivement ces montages pour éviter l'abus de droit fiscal, c'est-à-dire une opération dont le seul but serait d'échapper à l'impôt.
Conseil d'État : Le Conseil d'État a une position constante sur le sujet. Dans un arrêt du 8 novembre 2017 (n° 395400), il a jugé que l'apport de titres d'une SCI à une holding n'était pas un abus de droit dès lors que cette opération avait un intérêt économique autre que fiscal. Pour cela, la holding doit avoir une existence réelle et une activité propre, ne se limitant pas à une simple gestion de titres.
Cour de Cassation : La Cour de cassation, de son côté, s'est prononcée sur la distinction entre une holding passive (qui ne fait que détenir des participations) et une holding animatrice (qui participe activement à la politique du groupe). Cette distinction est cruciale, notamment pour bénéficier de l'exonération des droits de mutation en cas de transmission par le biais du Pacte Dutreil. Dans son arrêt du 14 octobre 2020 (n° 18-17.955), elle a posé des critères précis, considérant que le simple fait de détenir des titres n'est pas suffisant pour qualifier une holding d'animatrice. Il faut que la holding rende des services à ses filiales (administratifs, financiers, de gestion) et participe activement à la direction du groupe.
Ces arrêts illustrent la nécessité de concevoir un montage qui a une finalité économique réelle et non pas uniquement une motivation fiscale, et de pouvoir le justifier en cas de contrôle.
Exemple 1 : La SCI de famille pour un patrimoine locatif
Un père souhaite transmettre progressivement un immeuble locatif à ses trois enfants. S'il le fait directement, la donation de l'immeuble est complexe et potentiellement coûteuse. En créant une holding, il peut y apporter les parts de la SCI. Il peut ensuite donner à chaque enfant des parts de la holding sur plusieurs années, en utilisant les abattements fiscaux de donation (100 000 € par enfant tous les 15 ans), sans fragmenter la propriété de l'immeuble. La gestion reste centralisée au niveau de la holding.
Exemple 2 : L'investisseur professionnel
Un investisseur gère plusieurs biens locatifs dans différentes SCI. Il crée une holding pour détenir les parts de toutes ces SCI. Les revenus locatifs sont remontés à la holding. Au lieu d'être taxés à l'impôt sur le revenu du particulier (avec un taux pouvant aller jusqu'à 45%), ces revenus sont imposés au taux de l'IS (15% pour les premiers 42 500 € de bénéfices par an). En remontant les dividendes vers la holding, ces bénéfices sont quasi-exonérés. La trésorerie ainsi optimisée permet à la holding d'acquérir de nouvelles SCI sans avoir à réinjecter de l'argent personnellement.
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